Dans Lardi di Biciclette (v.a. Bicycle Thieves) de De Sica, film culte du mouvement, le protagoniste ne peut pas OU peut ne pas retrouver son vélo. C'est la nécessité versus la contingence. C'est justement ce caractère accidentelle qui donne au film tout son "réalisme" et qui le diffère des films de propagande de l'époque, car il faut savoir que cette école de cinéma apparait en Italie au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Le Néo-Réalisme n'utilise pas d'implant. C'est contre le cinéma des signes qu'ils font des scènes qui ne mènent à rien. Dans Lardi di Biciclette, la scène où les personnages arrêtent leur course pour se réfugier sous un abris en attendant que l'averse cesse, n'apporte rien au film. Il se sépare du schéma action-réaction des films américains classiques. C'est un système dépourvu d'un intentionnalité artificielle. Cela donne l'impression qu'il n'y a pas eu de sélection des scènes, comme s'il n'y a pas eu de montage. Dans le film, les séquence sont aussi interchangeables. Il n'y a pas d'importance dans le fait qu'un événement arrive avant un autre, cela ne vient pas chambouler l'histoire.
Bazin dit: "De Sica gagne à tout coup sur un tableau où il n'a pas misé". Ce qu'il veut dire, c'est que c'est le spectateur qui construit une thèse d'après les faits qui lui sont présentés comme tel. Le protagoniste du film n'est pas condamné, mais le risque est grand. Le film est sec si on peut dire. Par exemple, dans la même scène de l'averse, ou un groupe de frères (fratello) attendent aussi que la pluie cesse, on peut voir là une critique du clergé qui sont sans souci devant la détresse du personnage. Le film ne propose pas se discours en tant que tel, mais il est facile à construire pour le spectateur.
Mon opinion? Le Néo-Réalisme est tout sauf réel. C'est une école de cinéma que j'apprécie et que j'admire dans sa rupture avec le cinéma de l'époque. C'est un cinéma humain et honnête. Par contre, comment passer a coté des artifices de ces films. La musique ajoutée au film n'est-elle pas un artifice? Le doublage à l'italienne fait à l'époque, consistant à ajouter le son au montage (doublage qui place la voix à peu près en même temps que les lèvres des personnages), ce qui est un peu, à mon avis, le comble de l'artifice! L'histoire du cinéma à aussi vue apparaître dans les années 1990, l'école du Dogme95 qui s'est établi contre les superproductions anglo-saxonnes bourrées d'artifices, un peu le même combat que le Néo-Réaslisme italien, mais encore plus proche du "réalisme" du aux moyens et aux conventions de l'époque.


